Numérique : quelles conséquences dans l’organisation des établissements ?

Dans le cadre du ThinkEducation organisé par NewsTank, Bouchra Hajri, directrice de Brains Agency a animé un atelier intitulé « Numérique : quelles conséquences dans l’organisation des établissements ? »

Cet atelier avait pour grands témoins :

• Stéphane Amiard, président, VP-NUM, vice-président numérique, Université d’Angers

• Laurent Barbieri, directeur général des services, Centrale Marseille

• Agnès Behar, directrice du campus, Efrei

• Pierre-Paul Cavalié, CDO, ESC Rennes

• Yves Condemine, président, CSIESR, vice-président numérique, Université Lyon 3

• Dominique Houdayer, directrice du campus de Paris, Skema Business School

Nous vous proposons d’en retrouver ici la retranscription des échanges les plus marquants.

Nous sommes à l’ère numérique, 4ème révolution industrielle dont les effets sont tout aussi majeurs sur la société que les 3 premières. A ce détail près que la révolution numérique s’infiltre dans toutes les strates de la société et jusque dans les habitudes séculaires.

Dans cette logique de mutation, l’ESR doit s’auto-saisir pour pouvoir assurer la continuité de ses missions de transmission de connaissances, de recherche et de lieux d’apprentissage.

Certains établissements ont fait entrer la fonction de CDO au sein de leur équipe de direction, d’autres ont réfléchi à une nouvelle forme de transmission des savoirs et de réception de l’innovation permanente.

Le Ministère de l’ESR sous l’impulsion de Thierry Mandon a mis en place un travail pragmatique sur la transformation numérique de l’Enseignement supérieur, avec un double objectif : inciter les établissements et sites à se saisir du numérique comme levier de transformation systémique et irriguer les orientations du troisième volet du Programme d’Investissements d’Avenir.

Découlant de ce travail, la production participative d’un référentiel de transformation numérique de l’ESR et l’appel à projet DUNE – Développement d’Universités Numériques Expérimentales dont les 5 lauréats ont été annoncés en décembre.

De la gouvernance à la métamorphose des campus, de la pédagogie au design des services administratifs, cet atelier vise, avec le concours de nos experts et témoins à saisir le chantier multisectoriel de la transformation numérique de l’ESR.

Cet atelier s’articule autour de trois repères symboliques révolutionnés par la transformation impliquée par le numérique : le rôle de la gouvernance des établissements, le campus augmenté et les mutations d’usage des relations entre acteurs territoriaux.

Le numérique ne bouleverse pas seulement les usages, il bouleverse aussi l’organisation même du travail. C’est pourquoi la table ronde s’est d’abord attachée à la gouvernance, elle seule capable de donner l’impulsion nécessaire à la mise en place d’une stratégie de développement global (et donc une vision incluant la disruption numérique) et une nouvelle approche organisationnelle.

On le sait les organisations – et tout particulièrement celles de l’ESR –  se sont développées sur des modèles hiérarchiques forts aux compétences cloisonnées, or le numérique, parce qu’il est ce phénomène qui traverse tous les services, demande de la transversalité.

Qu’il s’agisse d’écoles ou d’universités, la transformation numérique est d’abord et avant tout le chantier de la Direction. Pierre-Paul Cavalié et Laurent Barbieri soulignent que le temps du numérique est le temps de l’urgence, peu compatible donc avec les plans à long terme qui président au fonctionnement des universités. Yves Condémine, quant à lui, souligne que la transversalité, si propre au numérique et si peu développée dans l’organigramme pyramidal des universités, est le premier défi majeur à relever.

Une organisation plus souple a permis aux écoles représentées par Mesdames Houdayer et Béhar de mettre en place des comités de pilotage de la transformation, comités transverses aux missions variées.

Mais quelles que soient les structures, c’est en affirmant un leadership territorial que la transformation numérique peut réussir. Leadership qui place de plus en plus les lieux de formations au sommet d’une relation triangulaire dont les autres angles sont Etat & Entreprises.

C’est ainsi que le campus et la pédagogie que l’on croyait immuables dans leur forme avec des ajustements à la marge doivent se repenser pour s’attacher au plus près des innovations et des mutations.

C’est pourquoi les lieux d’apprentissage se modifient et les établissements muent au gré des nouvelles habitudes de leurs étudiants, les modalités de la transformation varient selon les établissements mais la nécessité est partagée.

Ainsi Yves Condémine explique comment, d’une étude menée au sein de l’université montrant que 75% des étudiants transforment les cours en document informatique et 25% les enregistrent, il a été décidé d’automatiser les podcasts dans les amphithéâtres. Laurent Barbiéri, quant à lui, a mené une réflexion et une étude d’usages avec un panel d’étudiants, d’enseignants et du personnel; une étape fondamentale qui a donné lieu à la publication d’un document maitre en vue du Marseille Creativity Center. Les pratiques évoluent et, comme le souligne Pierre-Paul Cavalié, « on a appris à mettre l’étudiant au centre de notre problématique ».

Au sein de Skema, Dominique Houdayer souligne le rôle central du Knowledge Center nouveau lieu à géométrie variable qui s’adapte au grè des projets et des cours, des envies de ses usagers. Dans le sens de ces propos, Agnès Béhar affirme que c’est dans une approche hybride et dans une recherche de complémentarité des savoirs et des pratiques que son campus évolue.

On le voit le numérique implique une disruption de l’apprentissage ; les différentes pratiques qu’il permet obligent les pédagogues à remettre en question des usages consacrés et la classe inversée n’est que la première marche d’une expérience renouvelée.

Pour tous, le campus doit devenir ce lieu de rencontres et d’expériences, dans une synergie entre entreprises et savoirs, d’importation des innovations et de théorisation de la pratique.

Les partenariats entre écoles/universités se multiplient allant jusqu’à la mise en place de campus panel où l’enrichissement est mutuel.

La conclusion de cette table ronde montre que cette transition s’opère dans les différents univers de l’ESR avec pragmatisme («on s’approprie les aspects du numérique avec nos contraintes» Laurent Barbieri ) ordonné par la complexité des écosystèmes ( “le portage politique autour de la transformation peut nous mener loin même avec des moyens limités” Stéphane Amiar) mais avec néanmoins une certaine liberté («il faut assumer un droit à l’échec voire le chaos» Pierre-Paul Cavalié)

Mais comme toute révolution, l’obligation de transformation engendrée par l’ère numérique se fait avant tout avec de l’humain (« il faut accompagner la conduite du changement sinon on ne peut pas avancer » Dominique Houdayer)

L’ESR n’échappe pas à l’impératif de renouvellement, ses usages qui se comptent en siècles sont peut-être des freins plus marqués qu’ailleurs. Mais la volonté et l’impulsion sont là, elles traversent les organisations comme nous l’ont montré ces différents intervenants.

Et l’on pourrait faire de ces mots de Bernard Shaw cité par Agnès Béhar, ceux de nos témoins :

« Il y a ceux qui regardent les choses telles qu’elles se présentent et disent : pourquoi ? Moi je rêve de choses qui n’ont jamais existé et je dis : pourquoi pas ? »

 

L’agence accompagne les établissements dans leur transition, nous serions ravis d’échanger avec vous sur ce sujet.